La France peut-elle disjoncter si toutes les voitures électriques se branchent en même temps ?

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Photomontage AP.

À ce jour, 1,5 million de véhicules électriques circulent en France. Leur recharge n’a pas d’impact significatif sur le réseau électrique national, même lors des grands chassés-croisés estivaux. Mais que se passerait-il si, par un improbable hasard ou une insensée opération volontaire, l’intégralité du parc automobile électrique de l’hexagone se branchait tout à coup ?

Le gestionnaire du réseau de transport d’électricité français RTE le répète : les voitures électriques ne produisent, à ce jour, aucun effet particulier sur les lignes. Il n’y en a pas encore assez pour créer des pics de consommation perceptibles, même lorsque Bison Futé voit noir en plein été. D’après l’entreprise publique, les véhicules à batteries affecteront d’abord la consommation nationale de pétrole avant d’avoir une quelconque conséquence sur le réseau électrique.

C’est rassurant. Un peu trop d’ailleurs, car on aime bien la science-fiction. Nous nous sommes alors demandé ce qu’il se passerait si toutes les voitures électriques de l’hexagone se branchaient simultanément au réseau. Un million et demi de véhicules, ce n’est certes pas beaucoup au regard des 39,7 millions de voitures particulières en circulation en France. Mais un million et demi de batteries qui se mettent à recharger d’un coup, c’est probablement assez pour titiller les dispatchers, ces agents chargés d’aiguiller le courant depuis la tour de contrôle de RTE.

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77 % des voitures électriques rechargées à bas bruit aux domiciles

Il faut reconnaître que l’événement est hautement improbable, qu’il s’agisse d’un hasard ou d’une action volontaire. Imaginons cependant que l’ensemble des utilisateurs de voitures électriques se coordonnent pour lancer une recharge au même moment. Pour cette simulation, nous nous inspirons des résultats de l’étude d’Enedis sur les habitudes de recharge. On y apprend que 77 % des voitures électriques sont rechargées à domicile, sur prise ou borne, 16 % sur bornes publiques (dont environ 2 % sur bornes rapides) et 8 % au travail.

Nous fixons arbitrairement à 5 kW la puissance moyenne de recharge à domicile et à 10 kW celle sur bornes publiques et au travail. Sur la totalité des voitures électriques, la puissance moyenne de recharge atteint donc 6,15 kW. Multiplié par 1,5 million de véhicules, le soudain appel de puissance s’élève alors à 9 225 000 kW (soit 9,2 GW). En considérant les pertes liées au transport et à la transformation du courant sur les lignes, le chiffre monte à 10 GW.

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Cela vous paraît énorme ? Tout dépend de l’échelle. La France dispose de 63 GW de puissance nucléaire installée, 26 GW d’hydroélectricité, 33 GW de solaire et 27 GW d’éolien pour un total de 164,5 GW de centrales électriques. À cette capacité peuvent s’ajouter 19 GW d’interconnexions, qui permettent d’importer du courant depuis les pays voisins. L’ensemble des voitures électriques pèse donc pour 6 % de la puissance installée nationale.

Et si tout le monde se charge sur des bornes rapides ?

Il y a environ 7500 points de charge rapides en France actuellement. Si tous étaient sollicités à hauteur de 150 kW en moyenne par point de charge, ils généreraient un pic de consommation de 1,2 GW. C’est un peu moins que la puissance installée du barrage de Grand’Maison en Isère (1,8 GW), qui est l’installation hydroélectrique la plus puissante de France.

Le réseau électrique n’aime pas les imprévus

Le réseau électrique français est habitué à effectuer d’importants yo-yo au fil des saisons, de la météo et des comportements humains. Des vents qui fluctuent brutalement, une perturbation nuageuse qui traverse le pays et ce sont plusieurs gigawatts d’éolien et solaire qui peuvent disparaître ou apparaître soudainement, sans que le réseau ne vacille. Le 8 février 2012, lors d’une importante vague de froid, le système électrique français a connu une variation de 20,2 GW. Partant de 81,9 GW au petit matin, la consommation a plafonné à 102,1 GW à 19 h, marquant un record absolu. Mais ces fluctuations sont anticipées. Le gestionnaire du réseau sait à quel moment elles risquent de se produire et prépare un plan en conséquence en mettant notamment des centrales sur le qui-vive.

C’est la grande différence avec une recharge simultanée de l’entièreté du parc de véhicules électriques, qui provoquerait un appel de puissance brutal et surtout imprévu. L’événement serait rapidement identifié par RTE, qui peinerait probablement à le compenser sans coupures de délestage. La tour de contrôle dispose en effet de plusieurs « réserves » pour équilibrer le réseau en cas d’urgence. D’abord, la « réserve primaire » doit pouvoir fournir 3 GW en moins de 30 secondes, à l’échelle européenne (mais 0,6 GW en France). Ensuite, la « réserve secondaire » peut mobiliser jusqu’à 1 GW en moins de 15 minutes. Enfin, la « réserve tertiaire » ajoute jusqu’à 1,5 GW en 15 à 30 minutes.

Ces mécanismes ne se cumulent pas, mais se succèdent au fil de l’incident. Seuls 3 GW sont donc mobilisables instantanément, ce qui est largement insuffisant face au sursaut de 10 GW provoqué par l’improbable recharge coordonnée des voitures électriques. Pour éviter le blackout, le réseau n’aurait d’autre choix que de déconnecter temporairement certaines zones. Au moins le temps d’activer les centrales électriques nécessaires pour satisfaire la soudaine hausse de consommation. Rien n’est garanti toutefois. Le 28 avril 2025 en Espagne, la déconnexion brutale de centrales solaires en cascade provoquait une chute de production de 2,6 GW en 20 secondes. Le gestionnaire du réseau n’était pas parvenu à rattraper le déséquilibre, laissant le pays « dans le noir » pendant une douzaine d’heures.

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