Industrie automobile : l'Europe risque de perdre 185 000 emplois en voulant sauver le thermique

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Et si vouloir sauver le thermique finissait par coûter des milliers d’emplois à l’Europe ? Alors que Bruxelles envisage d’assouplir les objectifs CO2 imposés aux constructeurs, une nouvelle étude de l’ICCT met en garde contre les conséquences d’un tel recul. Jusqu’à 185 000 emplois pourraient disparaître d’ici à 2035.

Depuis plusieurs mois, l’avenir de l’automobile européenne fait l’objet d’intenses discussions à Bruxelles. Sous la pression d’une partie de l’industrie, la Commission européenne a proposé de revoir les objectifs de réduction des émissions de CO2. L’idée est notamment de laisser davantage de place aux motorisations thermiques après 2035. Mais cette stratégie pourrait avoir des conséquences inattendues sur l’emploi.

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Jusqu’à 185 000 emplois menacés en Europe

Dans une étude publiée le 27 octobre 2026, l’ICCT a évalué les conséquences de trois trajectoires réglementaires sur l’emploi automobile européen. Et les résultats ne vont pas forcément dans le sens des arguments avancés par les constructeurs.

Selon les chercheurs, un report de cinq ans des objectifs pourrait entraîner une baisse de 6 % de l’emploi dans les secteurs étudiés d’ici à 2035, soit jusqu’à 185 000 postes supprimés par rapport à 2025. À l’inverse, le maintien du calendrier actuel permettrait de préserver globalement les effectifs, avec même une légère progression de 2 %.

Pourquoi une telle différence ? Parce que ralentir l’électrification permettrait certes de conserver temporairement des emplois liés aux moteurs thermiques, mais freinerait aussi les recrutements dans les nouvelles filières. Fabrication des batteries, recyclage, production de VE ou encore infrastructures de recharge : autant d’activités susceptibles de compenser les suppressions de postes dans les métiers traditionnels.

Produire un VE nécessite moins de main-d’œuvre

L’étude souligne pourtant un paradoxe. Selon les calculs de l’ICCT, la fabrication d’une voiture électrique nécessite environ 30 % d’emplois en moins que celle d’un modèle thermique. Une différence qui s’explique notamment par la simplicité mécanique des motorisations électriques, composées de moins de pièces.

Mais les chercheurs estiment que cette baisse pourrait être compensée par le développement de nouvelles activités industrielles. Encore faut-il que la production des véhicules et de leurs composants reste en Europe. C’est d’ailleurs l’un des principaux enseignements de cette étude. Dans le scénario qui maintient les règles actuelles, les chercheurs estiment que 68 % des voitures électriques et hybrides rechargeables vendues en Europe seraient produites sur le Vieux continent en 2035.

Cette proportion tomberait à seulement 56 % en cas de report des objectifs. Autrement dit, ralentir la transition pourrait aussi accentuer la dépendance de l’Europe aux importations.

La voiture électrique pourrait aussi créer des emplois

L’étude va même plus loin. En conservant les objectifs actuels tout en soutenant davantage la production européenne, l’emploi pourrait progresser de 10 % d’ici à 2035. Cela ferait 320 000 postes supplémentaires par rapport à 2025. Des résultats qui vont dans le même sens que ceux présentés par Transport & Environment il y a quelques jours. L’ONG estime qu’une accélération de l’électrification des flottes d’entreprises pourrait soutenir jusqu’à 344 000 emplois supplémentaires en Europe d’ici 2030.

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Pour atteindre ce résultat, encore faudrait-il que les voitures électriques et leurs batteries soient davantage fabriquées en Europe. Sans cela, une partie des bénéfices économiques de la transition risquerait de profiter à des industriels étrangers. La France figure d’ailleurs parmi les pays les plus exposés à un ralentissement de l’électrification, aux côtés de l’Allemagne, de l’Italie, de l’Espagne et de la Pologne.

Ces résultats restent toutefois des projections. L’ICCT ne prend notamment pas en compte les conséquences de l’automatisation, de la numérisation ou des évolutions économiques mondiales. L’étude rappelle néanmoins un élément important : protéger les emplois d’aujourd’hui ne garantit pas de préserver ceux de demain.

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